Santorin n’est absolument pas connue pour sa musique traditionnelle. Pendant toute la seconde moitié du XXe siècle, la formation dominante était composée d’une clarinette, de deux violons et d’un luth. Aujourd’hui, la clarinette ne nous évoque en aucun cas la musique insulaire, et pourtant elle avait créé une tradition dans plusieurs îles (Paros, Naxos, Santorin, Anafi, etc.), qui a finalement décliné, laissant le violon comme instrument principal dans les îles.
À Santorin, on jouait aussi de la tsambouna (τσαμπούνα), comme dans presque toute la mer Égée. Le dernier joueur traditionnel de tsambouna de Santorin, Vangélis Markoulis, originaire de Chora (Oia), est mort vers 2015, laissant derrière lui quelques enregistrements amateurs. Il existe également quelques cassettes enregistrées à la maison avec un autre joueur, un peu plus âgé, Fánis Arvanítis, originaire d’Akrotíri. J’ai mis en ligne sur YouTube tout ce qui existe de ces deux musiciens : https://www.youtube.com/@thesaurus_tsambunae
Mais je viens de découvrir un disque absolument incroyable, datant de 1969, avec une chanson accompagnée de clarinette et de violon, et une autre accompagnée de tsambouna et de toumbaki (τουμπάκι), qui restituent le son traditionnel de Santorin avec une fidélité aussi grande que possible :
Le premier morceau est la mélodie d’une sérénade traditionnelle de Santorin, arrangée en syrtos, probablement pour des raisons commerciales. Le clarinettiste, l’inconnu par ailleurs Yánnis Zérvas, ne doit pas être originaire de l’île ; en revanche, les musiciens locaux, originaires d’Oia, sont Mathiós Markoulis au violon et sa femme Eléni Markouli au chant. Un joueur de santouri anonyme participe également, bien que les santouris ne fussent pas joués à Santorin.
Le second est authentique à 100 %. Des tsambouna et toumbaki sans la moindre intervention de la production, sur un air qui a également été enregistré par les deux joueurs de tsambouna santorinois mentionnés plus haut (ainsi que par des chanteurs locaux non accompagnés et dans des productions santorinoises contemporaines). C’est Mathiós Markoulis — qui joue du violon dans l’autre morceau — le frère de Vangélis, qui joue de la tsambouna. Je savais qu’il avait un frère et que celui-ci jouait du violon, mais j’ignorais qu’il jouait aussi de la tsambouna, et je ne m’attendais certainement pas à ce qu’il ait enregistré un disque. Plus généralement, je n’espérais pas non plus qu’un enregistrement d’un troisième joueur de tsambouna santorinois puisse un jour être retrouvé.
Cette découverte inespérée confirme le style local d’Oia, puisque Mathiós joue exactement comme son frère Vangélis — d’une manière quelque peu différente de celle d’Arvanítis, originaire d’Akrotíri, bien qu’ils aient le même répertoire.
Le disque doit être assez rare. Il ne figure pas sur Discogs ; quant à GreekDiscography, le site connaît son existence et en possède les informations (références, participants, etc.), mais sans photographie. Aucun des participants ne semble avoir jamais rien enregistré d’autre par la suite.
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D’autres trésors cachés de la tradition inexplorée de Santorin se trouvent dans la liste ci-dessous :